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Premier numéro de la Cornea News : l'âge des donneurs en France

 

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Vous avez été nombreux à souhaiter plus de communication autour de votre activité.  Eurobio vous présente donc son premier numéro de la Cornea News, une newsletter dédiée aux activités des banques des yeux et aux nouveautés.

Afin d’inaugurer ce premier numéro, Diego Ponzin, responsable de la célèbre Fondazione Banca degli Occhi del Veneto (FBOV) de Mestre, en Italie,nous fait l’honneur d’écrire l’éditorial. Tout le personnel Eurobio le remercie chaleureusement pour sa collaboration. Ce premier numéro sera plus largement consacré à l’âge des donneurs de cornées. 

 

Edito

 

Banques des yeux et âge des donneurs

 

Diego Ponzin, M.D., Fondazione Banca degli Occhi del Veneto

 

De nombreux paramètres comme l’âge ou le délai post mortem peuvent affecter la possibilité pour une cornée prélevée d’être greffée ou non. 

 

Le critère d'âge pour les donneurs de cornée n’est pas bien défini et varie suivant les banques des yeux et les chirurgiens.

 

Le diamètre de la cornée d’un enfant atteint sa taille maximale à 2 ans, la courbure atteint, elle, la taille adulte probablement au cours du deuxième semestre de la vie. Alors que la finesse, l’élasticité et le petit diamètre de la cornée d’un enfant peuvent entraîner des problèmes techniques pour le chirurgien, il a été suggéré dans le passé que des cornées provenant de donneurs âgés de plus de 65 ans pourraient subir plus de perte de cellules endothéliales après kératoplastie. D'autres auteurs ont indiqué que le diagnostic du patient receveur et l'expérience du chirurgien sont plus importants que l'âge du donneur dans la détermination de la survie du greffon. En fait, la survie des greffons à cinq ans pour les greffes de cornée à risque modéré d’échec est similaire à la survie des greffons de cornées provenant de donneurs âgés de plus ou moins 66 ans.

 

Dans les pays qui connaissent une pénurie de tissus cornéens viables, une restriction d'âgedevrait être soigneusement évaluée, parce que l'âge seul n’est pas un critère significatif pour la sélection des cornées. Après une évaluation approfondie, le résultat clinique est indépendant de l'âge du donneur.

 

Les donneurs âgés, cependant, influencent l'efficacité du rendement des banques des yeux, car ils augmentent les taux de rejet. Comme le secteur moderne des banques des yeux est associé à des coûts structurels et opérationnels élevés et, afin de maintenir un taux d’acceptance de 60%, qui correspond aux données internationales, une limite d'âge peut être justifiée, si les prélèvements sont suffisants.

 

 

 

Faut-il baisser la limite d’âge des donneurs de cornées en France ?

 

 

Depuis plusieurs années, on assiste à un vieillissement de la population. Ainsi, d’après l’INSEE, en 2050, pour 100 habitants âgés de 20 à 59 ans il y aura 69 habitants âgés de 60 ans ou plus, soit le double par rapport à 2005. Ce phénomène naturel lié à l’augmentation de l’espérance de vie et à la diminution de la natalité pourrait avoir pour conséquence une forte augmentation de la fréquence des donneurs de tissus âgés de 85 ans et plus. 

 

 

Est-il raisonnable d’envisager de diminuer l’âge limite des donneurs de cornées aux vues de ces estimations ou bien peut-on espérer d’ici là avoir correctement sensibilisé les populations pour pouvoir prélever suffisamment de cornées chez les sujets plus jeunes ? 

 

 

Cette revue a pour but de présenter deux hypothèses, l’une montrant que l’imposition d’une limite d’âge permet de diminuer les coûts de fonctionnement d’une banque de tissus sans diminuer son activité de greffe ; et une étude démontrant que des greffons issus de donneur de 85 ans et plus sont tout à fait recevables à la greffe.

 

Une étude préliminaire a été menée du 9 au 16 Mai 2012 auprès des banques des yeux françaises afin de déterminer si une limite d’âge est ou non appliquée.

Sur les quinze banques en France, toutes ont répondu à l’étude.

 

 

Dix banques n’appliquent pas de limite d’âge, quatre banques ont une limite d’âge supérieure ou égale à 85 ans et une banque a pour limite d’âge 80 ans.

A noter que cette dernière banque est en train de réaliser une étude et a récemment levé cette limite d’âge, preuve qu’il existe une réelle préoccupation des banques sur ce sujet.

 

Enfin, autre fait intéressant, certaines banques appliquent une limite d’âge à la demande des chirurgiens qui ne souhaitent pas greffer des cornées issues de donneurs âgés de plus de 90 ans.

 

 

L’imposition d’une limite d’âge permet de réduire les coûts de fonctionnement de la banque sans diminuer le nombre de cornées greffées.

 

Source : Banca delle Cornee della Regione Piemonte, Piera Santoro, “Le contrôle de gestion de la banque des cornées et effets à long terme sur l’activité”. Session Qualité, Contrôle et Evaluation du VI cours de la SIBO, Gênes, 21 Avril 2012. 

 

Entre 2004 et 2008 le nombre de prélèvement de cornées a augmenté ainsi que la proportion de cornées prélevées sur des donneurs de plus de 76 ans. Cependant cela n’a pas été corrélé à une augmentation du nombre de cornées greffées. La raison de cet écart est très simple, statistiquement, la proportion de cornées de plus de 76 ans est moins souvent greffées que celles issues de patients plus jeunes.

Ces différentes constatations ont conduit la banque de cornées de Turin à introduire une limite d’âge de 75 ans pendant 1 an sur le centre de prélèvement du Centre Hospitalier et à suivre les résultats inhérents.  

 

La première conséquence de cette limite d’âge imposée fut une très nette diminution du nombre de cornées prélevées (diminution de plus de 32% entre 2008 et 2009), avec un nombre de cornées greffées stable (367 en 2008 contre 381 en 2009).

 

L’introduction de cette limite d’âge n’a donc pas eu d’incidence sur le nombre de patients greffés. Par contre, l’activité de la banque a changé et les coûts ont été diminués. En effet, le prélèvement à lui seul a un coût matériel et humain estimé à 253,57€ par la banque de Turin, et par cornées, quel que soit le devenir du tissu. 

 

Les résultats de cette étude tendent à aller dans le sens de l’introduction d’une limite d’âge pour le don de cornées.

Il est tout de même important de noter qu’en Italie, l’offre est supérieure à la demande pour les cornées, et que ce pays exporte de nombreux tissus.

 

Cela signifie que certaines cornées sont plus souvent écartées en Italie alors qu’elles pourraient être considérées comme parfaitement greffables dans d’autres circonstances.

Pour un pays ou une banque qui a plus de difficultés à obtenir suffisamment de tissus pour couvrir les besoins, il pourrait être dommage de systématiquement écarter des cornées qui pour un certain nombre d’entre elles auraient pu faire de très bons greffons. 

 

 

La deuxième étude montrera justement que les cornées issues de patients de plus de 85 ans peuvent constituer de très bons tissus pour les patients en attente de greffe. 

 

 

Contrairement à l’Italie, la France est un pays qui éprouve plus de difficultés à prélever toutes les cornées nécessaires à couvrir les besoins en greffe.

Le vieillissement de la population est par conséquent un facteur à prendre en compte lors de la sélection des donneurs.

La banque de St Etienne a mené une étude sur plus de 400 cornées pour étudier le devenir des cornées après organoculture et parfois même après la greffe. 

 

 

Prélèvement de cornées après 85 ans : issue des greffons après organoculture et devenir des greffés

 

Source : Communication de la SFO, Prélèvement de cornées après 85 ans : issue des greffons après organoculture et devenir des greffés, A propos de 419 cornées. P. Gain, P. Rizzi, G. Thuret, C. Chiquet, C. Michel-Valanconny, J.L. Pugniet, S. Acquart, J.C Le Petit, J. Maugery, 2001.

 

Le but de l’étude réalisée est se pencher sur le devenir des cornées issues de donneurs très âgés (> 85 ans) pendant la phase de conservation en organoculture mais aussi après la greffe par kératoplastie perforante chez les receveurs.

 

Les différentes données obtenues permettent de tirer plusieurs conclusions. Dans un premier temps on constate que plus de cornées issues de donneurs âgés sont rejetées pour des motifs de qualité de l’endothélium. Cependant, le nombre de cornées acceptées et préservées en organoculture reste tout de même assez important (46,1% contre 54,8% pour les donneurs plus jeunes, différence non significative).  

De plus, si la densité cellulaire endothéliale est significativement différente en début de conservation en organoculture (en faveur des cornées issues de donneurs de moins de 85 ans), cette différence n’est plus du tout significative à l’issu de la conservation. Cela signifie que la perte cellulaire des cornées issues de donneurs âgés est moins importante que celle des cornées plus jeunes.

Il semblerait donc que les cornées provenant de donneurs de plus de 85 ans soit certes plus souvent de qualité moins bonnes, mais que celles qui sont de qualité acceptables soient très stables en conservation, alors que des cornées plus jeunes ont une perte cellulaire plus importante.

 

Enfin, en suivi post opératoire, il n’y a pas de différences significatives sur les différents indicateurs (acuité visuelle, astigmatisme à terme, rejet, hypertonie oculaire). Les cornées issues de donneurs âgés et greffés ont donc les mêmes performances que les cornées plus jeunes. A noter que ces données ont été recueillies au moins 20 mois après la greffe.

 

 

 

CONCLUSION

 

Etant donné le nombre important de cornées issues de donneurs âgés qui peuvent être greffées, la difficulté toujours actuelle de couvrir toutes les demandes, et le vieillissement constant de la population, il semble important de ne pas limiter l’âge des donneurs pour le prélèvement, en France.

 

Cependant, une autre donnée n’est pas prise en compte dans les études présentées, et mériterait certainement un approfondissement, elle regarde le délai post mortem au moment du prélèvement. En effet, plus le délai est long, plus les tissus sont altérés. Par conséquent le fait d’allier donneur très âgé et délai post mortem élevé pourraient être un vrai motif de non prélèvement afin d’éviter de devoir écarter les tissus presque à chaque fois.

 

Il est donc nécessaire encore aujourd’hui de communiquer sur l’importance du don de tissus et sur ses propres volontés. C’est à ce jour l’unique moyen de faciliter le travail des coordinations hospitalières et donc de réduire le délai de prélèvement post mortem.

 

 

Sources de l’edito :

Fasolo A, Frigo AC, Böhm E, Genisi C, Rama P, Spadea L, Mastropirro B, Fornea M, Ponzin D, Grigoletto F. The CORTES study: corneal transplant indications and graft survival in an Italian cohort of patients. Cornea2006; 25: 507-15

Fasolo A, Capuzzo C, Fornea M, Franch A, Birattari F, Carito G, Cucco F, Prosdocimo G, Sala M, Delle Noci N, Primavera V, Frigo AC, Grigoletto F, Ponzin Dand the CORTES Study Group. Risk factors for graft failure after penetrating keratoplasty: 5 year follow-up from the Corneal Transplant Epidemiological Study. Cornea 2011,30:1328–35Cornea Donor Study Investigator Group. The effect of donor age on corneal transplantation outcome. Results of the Cornea Donor Study. Ophthalmology 2008;115:620–6

Autres sources :

Rapport de l’INSEE de 2006, Projections de population pour la France Métropolitaine à l’horizon 2050, Isabelle Robert-Bobée, division Enquêtes et études démographiques, Insee.

 

 

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